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Dire est un verbe transitif : on dit toujours quelque chose. À tout le moins cherche-t-on à dire quelque chose qui soit conforme à ce qu'on avait l'intention d'exprimer. Or, l'acte de dire ne nous confronte-t-il pas toujours à l'impossibilité de traduire en discours le contenu de sens que l'on cherchait à livrer ? Soit parce que les mots nous manquent, soit parce qu'ils déforment nos pensées, soit encore parce que l'interlocuteur n'y met pas le même sens… Bref, sans doute dit-on toujours quelque chose, mais est-ce ce que l'on voulait vraiment dire ? L'acte d'énonciation n'échappe-t-il pas toujours nécessairement à l'intention de celui qui énonce ?
Et si, en réalité, les choses ne se déroulaient-elles pas dans un sens inverse à ce présupposé schéma ? Heidegger écrivait : « nous voyons ce que nous disons ». Il signalait par là que notre manière de voir les choses, nos expériences, sont préfigurées (rétrécies?) par nos discours. Dans une perspective assez proche, Bergson déplorait déjà l'impact du langage sur nos propres vécus : en parlant (même intérieurement), nous posons des étiquettes sur les choses et nous nous écartons de nos vécus les plus intimes. Alors ne disons-nous quelque chose du réel qu'en le manquant ? Dire, est-ce toujours préjuger ? En d'autres termes, ce que nous visons à travers nos discours ne demeure-t-il pas nécessairement indicible ?

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Les orientations que prend notre existence ne dépendent pas seulement des événements qui arrivent malgré nous. Elles dépendent aussi des décisions que nous prenons (et celles que nous ne voulons pas prendre) et des actions que nous engageons à l'issue de ces décisions. Il semble même que l'exercice de notre liberté tienne ici : pouvoir agir conformément à ce que nous avons pu décider, mais aussi et avant tout vouloir librement ce que nous voulons.
Or, nos décisions sont-elles libres de toute détermination ? N'arrive-t-il pas que nous constations après-coup que telle décision – pourtant consciente, réfléchie – était nécessaire ? Rétrospectivement, ne disons-nous pas souvent qu'étant donnés tous les paramètres de la situation, nous ne pouvions réellement en décider autrement ? Plus encore, nos décisions sont-elles aussi rationnelles que nous le pensons souvent (au moins au moment où nous les prenons) ? Ne suivons-nous pas le plus souvent nos penchants, qu'ils soient liés à notre histoire, à nos affects, à telle ou telle contrainte extérieure ? Au fond, qu'est-ce que prendre une décision ?
Nous procèderons différemment cette fois, en suivant 3 séquences. Chacune d'elle mêlera 2 temps: l'argument d'un auteur sur la question (que je présenterai en 20 mn avec l'appui d'un extrait) et un exercice pratique (25 mn). Au grand plaisir de vous y retrouver!

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Pour commencer, nous n'irons pas par 4 chemins et nous nous plongerons illico dans une des thématiques majeures de la philosophie, celle sans doute qui désigne le premier motif revendiqué par la philosophie: vouloir la vérité.
Vous l'avez tout de suite repéré: nous ne parlerons pas simplement de "la vérité", mais du désir qui meut un certain nombre d'entreprises humaines. Car cette volonté de vérité n'anime pas seulement la science et la philosophie: elle régule aussi nos rapports aux autres, dont nous attendons qu'ils nous disent la vérité que nous leur devons réciproquement. De "vouloir la vérité" à "devoir la vérité", il n'y a qu'un pas et nous le questionnerons lui aussi.
Ainsi, vouloir la vérité procède à la fois d'une passion et d'une injonction. Mais pourquoi vouloir la vérité? À quoi cette passion du vrai nous conduit-elle? Ne nous précipite-t-elle pas aussi parfois dans l'erreur, pressés que nous sommes de posséder la vérité, quitte à affirmer des énoncés dont nous ne sommes pas assurés? Vouloir la vérité, n'est-ce pas le plus souvent de facto vouloir avoir raison contre ceux qui ne penseraient pas comme nous?
Au fond, ce que nous interrogerons, c'est la dimension contradictoire (mais pas nécessairement malheureuse!) de notre désir de vérité, ses enjeux et quelques pistes pour s'efforcer de bien en user dans notre vie... Et nous le ferons à travers quelques approches déterminantes de quelques auteurs, en particulier Platon, Descartes, Kant et Nietzsche.

Rassurez-vous: il n'y a rien à préparer en vue de cette première séance. Aucun savoir particulier ne sera nécessaire pour comprendre le cours! La simple lecture de la thématique a sans doute fait émerger en vous l'état de questionnement qui importe Pour Aristote, le propre de l'état d'esprit philosophique est l'étonnement (je vous en reparlerai). Nous nous étonnerons de cette volonté de vérité dans ses multiples dimensions.Nietzsche extraits Dojo 1.pdf

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